
Cet article présente cinq de ces jeunes leaders : Sundus du Pakistan, Elvis du Libéria, Luís Guillermo de Bolivie, Pablo de Colombie et Specioza d’Ouganda. Avec le soutien de Youth4Climate, tous·tes mettent en place, de bout en bout, de nouveaux systèmes pour l’alimentation, l’énergie, la mobilité et l’éducation.
Leurs projets sont différents, mais ont en commun leurs expériences et leur motivation. Et bien que leurs histoires soient exemplaires, elles ne sont pas des exceptions. Elles sont celles d’innombrables jeunes à travers le monde qui mettent déjà au point des solutions dans leurs communautés. Le message est clair : lorsque l’on fait confiance aux jeunes et qu’on met les ressources qu’il faut à leur disposition pour les accompagner, ils peuvent créer un changement majeur et durable.

Légende: De jeunes entrepreneurs engagés dans l’action climatique montrent comment la confiance accordée à la jeunesse peut générer des solutions locales innovantes pour un avenir durable.
Photo : © Clara Wetzel
Restaurer les récifs coralliens et restaurer la confiance au sein de la communauté
Le long du littoral pakistanais, les récifs coralliens sont en voie de disparition, érodés par la pollution, la surpêche, le réchauffement de la mer et la négligence. Pour beaucoup, cette disparition semble irréversible, mais Sundus Sohail et son équipe sont en train de prouver le contraire. Dans le cadre de leur projet de restauration des récifs coralliens baptisé Reef Revival Initiative, ils utilisent une méthode naturelle pratique dont la communauté est le moteur et qui allie science, savoir autochtone et gestion locale en bon père de famille afin de redonner vie aux récifs endommagés.
En collaboration avec plus de 250 pêcheurs, étudiants et communautés autochtones, Sundus et son équipe ont entrepris de créer 10 pépinières de coraux abritant 200 fragments de coraux sauvés de récifs endommagés.
« La restauration est possible, mais seulement si les personnes qui sont tributaires de l’océan sont associées au processus », explique Sundus. « Dès lors que les communautés considèrent les coraux comme des actifs vivants, tout change : le comportement, les revenus et l’avenir de notre littoral. »
Leur travail repose sur une méthode naturelle de propagation non envahissante des coraux, un processus qui s’inspire de la façon dont les forêts sont replantées sur les terres. Au lieu d’utiliser des grilles métalliques, des tuyaux ou des produits chimiques, l’équipe de Sundus recueille des fragments de corail brisé, les fixe à des roches vivantes à l’aide d’un catalyseur biodégradable, et les laisse pousser dans des pépinières sous-marines jusqu’à ce qu’ils soient prêts à être replantés sur des récifs dégradés. Pas de toxines, pas de structure artificielle, juste une régénération conçue autour de la biologie du récif lui-même. Cette approche est peu coûteuse, durable, suscite l’adhésion de la communauté et porte déjà ses fruits.
Et la dynamique prend de l’ampleur. La confiance initialement accordée à Sundus et à son équipe via l’initiative Youth4Climate du PNUD retentit désormais sur la scène mondiale : la Reef Revival Initiative a été officiellement soutenue par la Décennie de l’Océan de l’ONU dans le cadre du programme Vie marine 2030. Non seulement ce soutien vient valider le travail accompli sur le terrain, mais il relie également le projet à un réseau mondial de scientifiques, d’acteurs de la conservation et d’innovateurs océaniques qui œuvrent à la poursuite d’objectifs communs pour un océan en meilleure santé.
Pour Sundus, la restauration des récifs n’est pas qu’une question de vie marine. Il s’agit de protéger les littoraux ainsi que les moyens d’existence, et de donner aux personnes, en particulier aux jeunes, une certaine capacité d’agir sur leur environnement.

Légende: Une femme prépare un repas sur un feu traditionnel, illustrant les défis persistants liés à l’accès à une énergie domestique propre et sûre.
Photo : © Clara Wetzel
Promouvoir une mobilité non polluante
À Monrovia, les fumées produites par la circulation routière sont une réalité du quotidien. Pour beaucoup, traverser la ville, c’est parcourir des trajets longs, coûteux et dangereux. Mais dans les rues de Paynesville, une révolution discrète est en marche… sur trois roues.
Elvis Thomas pilote la première flotte de tuk-tuks électriques du Libéria. Mais il ne s’agit pas de n’importe quels tuk-tuks : ceux-là sont conduits par des femmes, alimentés à une énergie solaire propre et conçus pour transformer aussi bien la mobilité que des moyens de subsistance.
« Nous ne changeons pas seulement la façon dont les gens se déplacent », explique Elvis Thomas. « Nous changeons aussi ceux qui impulsent le développement. Ce projet repose sur la confiance. Il s’agit de faire confiance aux jeunes pour diriger et avoir confiance au fait que des solutions propres peuvent aussi fonctionner ici »
La flotte électrique réduit les émissions de CO₂ de 95 % et les coûts d’exploitation de plus de 70 % par rapport aux véhicules traditionnels, ce qui rend le modèle viable à la fois sur le plan climatique et sur le plan économique.
Chaque tuk-tuk électrique de la flotte est exploité par une conductrice formée, titulaire d’un permis et travaillant dans un secteur qui a toujours été inaccessible aux femmes. Avec des véhicules plus sûrs et des coûts d’exploitation plus faibles, ce modèle ouvre de nouvelles voies à l’entrepreneuriat dirigé par des femmes dans un pays où les opportunités économiques sont souvent rares pour elles.
Elvis et son équipe travaillent également sur le volet infrastructure : stations de recharge, ateliers de maintenance et partenariats avec les décideurs politiques pour pouvoir déployer le modèle à une plus grande échelle. Ils montrent que la mobilité durable va bien au-delà des seuls véhicules pour s’étendre aussi aux personnes et aux systèmes qui les guident.
Elvis estime que le transport électrique est essentiel pour des communautés plus sûres et en meilleure santé, et non pas un luxe ou un rêve lointain. Il montre que la voie vers la neutralité carbone peut également conduire à l’équité en privilégiant les femmes, l’inclusion et la résilience climatique.

Légende: Elvis, la conductrice d’un tuk-tuk électrique à Monrovia, au Libéria, incarne une mobilité propre portée par les jeunes, alliant action climatique, inclusion des femmes et moyens de subsistance durables.
Photo : © Clara Wetzel
Transformer la pollution plastique en moyens de subsistance écologiques.
À Kampala, capitale de l’Ouganda, on retrouve le plastique partout. Des bouteilles bouchent les systèmes de drainage. Les eaux de crue montent à chaque tempête. Pour les populations des zones pauvres, les conséquences sont particulièrement sévères, à savoir maladies vectorielles, déplacement de familles et approfondissement des cycles de vulnérabilité.
Specioza Nakate a vécu cette réalité. Mais elle a aussi choisi de la changer.
Grâce à son initiative menée par des jeunes et des femmes, Specioza a formé plus de 200 jeunes, principalement des femmes, à l’écodesign, au marketing digital et au leadership climatique, les dotant des compétences nécessaires pour transformer des matériaux abandonnés en produits générateurs de revenus.
Le travail de Specioza ne s’arrête pas au recyclage. Une grande partie du plastique recueilli est envoyée à un autre lauréat du prix Youth4Climate, Sonko Jamal, dont le projet consiste à transformer les déchets en combustible de cuisson propre, créant ainsi à travers le pays une chaîne de solutions climatiques synergiques mises au point par des jeunes. Ce qui a débuté comme une campagne de nettoyage est devenu une véritable entreprise d’économie circulaire qui crée des emplois, éveille les consciences et forme les jeunes pour les doter de compétences en matière écologique.
« Nous ne faisons pas que nettoyer. Nous créons de nouvelles voies pour acquérir des compétences vertes et retrouver la dignité », explique Specioza Nakate
Specioza élargit son champ de travail, s’associant aux autorités locales et inspirant d’autres réseaux de jeunes à reproduire ce modèle à travers l’Ouganda. Se situant au point d’intersection entre l’innovation climatique, l’égalité des genres et la résilience communautaire, son initiative prouve que lorsqu’on leur fait confiance, les jeunes ne se contentent pas d’apporter des réponses à la crise climatique, ils repensent l’avenir.

Légende: À Kampala, une initiative menée par Specioza, qui transforme les déchets plastiques en moyens de subsistance durables.
Photo : © Clara Wetzel
Approvisionner les communautés autochtones en énergie propre
Dans la région reculée de Sierra Nevada de Santa Marta, dans le nord de la Colombie, la communauté autochtone Arhuaco de Katanzama vivait depuis longtemps privée d’accès à une électricité fiable. Les écoles et les centres de santé fonctionnaient dans l’obscurité, la réfrigération des vaccins était peu fiable, et les élèves n’avaient pas accès aux outils numériques.
Pour Pablo Castellanos Ramelli, jeune entrepreneur spécialisé dans les énergies propres, il s’agissait-là d’un problème de justice plutôt que d’une difficulté purement technologique.
En collaboration avec la communauté, Pablo et son équipe ont créé un système solaire circulaire qui donne une seconde vie à des batteries abandonnées de véhicules électriques. Les batteries reconverties, associées à des panneaux solaires, fournissent désormais une alimentation énergétique continue pour l’éclairage, les salles de classe numériques et le stockage froid de vaccins destinés à sauver des vies, ce qui profite à plus de 150 résidents, dont plus de 100 élèves.
« Nous apportons de l’énergie propre à des personnes qui ont été exclues non seulement des systèmes énergétiques, mais aussi des décisions qui en déterminent le sort », explique Pablo Castellanos Ramelli.
En réutilisant des batteries d’une capacité de 40 kWh, le système ainsi mis en place a permis d’éviter 8,1 tonnes d’émissions de CO₂ et 325 kg de déchets dangereux. Mais pour Pablo, le succès n’était pas qu’une question technique. Il était crucial que le projet réponde aux besoins et à la vision de la communauté, et non à un agenda extérieur. « Nous ne voulions pas imposer de changement », insiste-t-il, « nous étions là pour écouter. » C’est pourquoi le projet a commencé par un dialogue, qui a aidé à faire en sorte que la solution soutienne, et non perturbe, le mode de vie d’Arhuaco. Et parce que le projet a formé les habitants locaux à l’entretien de la technologie, il a suscité l’adhésion de la communauté dès le départ.
Le travail de Pablo propose un plan pour l’équité énergétique : une solution modulaire, évolutive et circulaire d’électrification décentralisée.
Il s’emploie désormais à reproduire ce modèle dans d’autres territoires autochtones, prouvant que la technologie climatique peut être non coloniale, régénérative et profondément humaine.

Légende: En Colombie, le jeune entrepreneur Pablo Castellanos Ramelli déploie, avec les communautés autochtones, un système solaire circulaire qui fournit une énergie propre et fiable.
Photo : © Clara Wetzel
Cultiver progressivement pour l’avenir grâce à des jardins intelligents
À La Paz, ville perchée à plus de 3 500 mètres d’altitude, les pressions climatiques se heurtent à l’étalement urbain et à l’insécurité alimentaire. À mesure que la troisième plus grande ville de Bolivie grandit, la nourriture fraîche et abordable devient de plus en plus difficile d’accès.
Le jeune Luís Guillermo trace une nouvelle voie agricole à suivre. Grâce à son initiative Movimiento Propacha, son équipe et lui réalisent les premiers « jardins scolaires intelligents » de Bolivie, transformant les cours d’école en espaces d’apprentissage où les jeunes cultivent des aliments, apprennent la résilience climatique et se reconnectent à la terre.
En combinant l’hydroponie, l’irrigation goutte-à-goutte et les capteurs d’eau avec les pratiques agricoles traditionnelles, le Movimiento Propacha aide les élèves à comprendre à la fois la science et la culture de la production alimentaire. Plus de 300 élèves de deux écoles publiques ont participé à des ateliers sur l’agriculture intelligente face au climat, la nutrition et la sécurité alimentaire, apprenant à cultiver tout, allant de la laitue aux herbes indigènes.
« On commence par des graines. Mais ce que nous plantons vraiment, c’est l’éveil des consciences, les compétences et le sens de la communauté », explique Luís Guillermo.
Luís Guillermo et son équipe déploient désormais ce modèle à une plus grande échelle avec le soutien de la municipalité et de la communauté. Les jardins intelligents améliorent déjà les régimes alimentaires scolaires, sensibilisent au climat et proposent un plan reproductible pour une production alimentaire durable dans les villes confrontées à des pressions environnementales et sociales.

Légende: En Bolivie, le jeune innovateur Luís Guillermo Mallea Morales transforme les écoles de La Paz en jardins intelligents, pour renforcer la sécurité alimentaire et la résilience climatique.
Photo : © Clara Wetzel
Les histoires de ces cinq agents du changement sont recueillies dans Generation Trust : A Global Climate Story in the Making, un documentaire climatique (en anglais) réalisé par des jeunes, produit par Youth4Climate, une initiative co-dirigée par le PNUD et le ministère italien de l’Environnement et de la Sécurité énergétique et soutenue par les fonds 8x1000 de l’Institut bouddhiste italien Soka Gakkai.
Le film ne raconte pas l’histoire de héros individuels. Il parle de systèmes et de ce qui se passe lorsque l’on fait confiance à des jeunes pour les transformer. Regardez le film ici.
Youth4Climate (Y4C) est une initiative mondiale lancée en mai 2022, co-dirigée par le Gouvernement italien et le PNUD. Cette initiative a son secrétariat au Centre du PNUD Rome pour l’action climatique et la transition énergétique et est soutenue par le ministère italien de l’Environnement et de la Sécurité énergétique ainsi que par les fonds 8x1000 de l’Institut bouddhiste italien Soka Gakkai.
Y4C rassemble des ressources, des outils, des capacités, des partenariats, des réseaux et des mouvements existants et nouveaux, en ligne et hors ligne, menés par et conçus pour les jeunes, en mettant un accent particulier sur la mise en œuvre de solutions en vue d’un impact plus durable sur le climat sur le terrain. Elle vise à promouvoir un environnement inclusif, sûr et propice permettant aux jeunes de prendre des initiatives et de travailler avec d’autres parties prenantes en matière d’action climatique.
Cet article a été initialement écrite par PNUD.
Source: https://unsdg.un.org/fr/latest/stories/que-se-passe-t-il-lorsque-nous-faisons-confiance-aux-jeunes-pour-mener-l%E2%80%99action