Ce constat figure dans un rapport soutenu par les Nations Unies, qui souligne la nécessité d’un engagement politique plus fort et de politiques inclusives en matière de droits fonciers, alors que l’attention portée aux changements climatiques, à la protection de la biodiversité, à l’égalité entre les sexes et à la transformation rurale ne cesse de croître.

Au cours des vingt dernières années, les gouvernements ont adopté des cadres nationaux et internationaux sur des questions telles que les politiques foncières en Afrique et la réglementation responsable des terres, des pêches et des forêts. Plus de 70 pays ont ainsi entrepris des efforts en vue de réformes foncières.

« Insécurité foncière » et inégalités

Pourtant, les progrès restent lents. À l’heure actuelle, les droits de propriété, de tenure ou d’usage ne sont officiellement documentés que pour 35 % des terres dans le monde, signale le rapport publié par l'Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la Coalition internationale pour l’accès à la terre (ILC) et l’organisation française de recherche et de coopération agricole CIRAD.

Plus de 1,1 milliard de personnes se disent en situation d’« insécurité foncière », estimant probable ou très probable qu’elles puissent perdre leur logement ou leurs biens dans les années à venir.

« L’insécurité foncière est l’une des formes d’inégalité les plus délétères, qui se traduit par une baisse de la productivité, une résilience affaiblie et une nutrition dégradée », a déclaré Maximo Torero Cullen, économiste en chef de la FAO.

« Des droits fonciers sécurisés permettent des investissements durables et font la différence entre la survie à court terme et la sécurité alimentaire à long terme ».

Qui possède les terres ?

Intitulé L’État des régimes fonciers et de la gouvernance des terres, le rapport est présenté comme le premier état des lieux mondial complet destiné à suivre la manière dont les terres sont détenues, utilisées et gouvernées.

Il révèle que les États détiennent légalement plus de 64 % des terres dans le monde, même si ce chiffre inclut des terres coutumières dotées de droits reconnus mais sans titre de propriété formel.

Un peu plus d’un quart des terres sont connues pour être détenues à titre privé, que ce soit par des individus, des entreprises ou des entités collectives. Le statut foncier des quelque 10 % restants est inconnu.

Plus précisément, environ 18 % des terres mondiales, soit 2,4 milliards d’hectares, appartiennent à des particuliers ou à des entreprises.

Si l’on considère les terres agricoles – qui représentent environ 37 % des surfaces terrestres mondiales – 10 % des propriétaires exploitent près de 90 % des terres cultivées.

Des systèmes de propriété diversifiés

Le rapport souligne également que les systèmes fonciers varient fortement selon les régions.

Par exemple :

  • En Afrique subsaharienne, 73 % des terres sont détenues selon des régimes coutumiers, mais seulement 1 % sont officiellement reconnues comme telles, la majorité restant non documentée et relevant juridiquement de l’État.
  • En Amérique du Nord, 32 % des terres sont détenues à titre privé.
  • En Amérique latine, 39 %.
  • En Europe, 55 %, à l’exclusion de la Russie où les terres publiques prédominent.

    Peuples autochtones et femmes

    Bien que les peuples autochtones et les autres détenteurs de droits coutumiers occupent 5,5 milliards d’hectares – soit 42 % des terres mondiales – seuls 1 milliard d’hectares disposent de droits de propriété clairement documentés.

    Les données montrent également que, dans presque tous les pays, les femmes sont moins susceptibles que les hommes de posséder des terres ou de bénéficier de droits fonciers sécurisés, que ce soit pour le logement ou pour l’agriculture, ce qui souligne l’importance de documents juridiques formels pour garantir leurs droits.

    « Trop de personnes vivent encore dans la crainte de perdre leurs terres et leur logement, les femmes et les jeunes restant parmi les plus exclus. Une réalité qui compromet la sécurité alimentaire, l’action climatique et la protection de la biodiversité, et qui montre pourquoi des droits fonciers sécurisés sont essentiels à la réalisation de ces trois objectifs », a déclaré Marcy Vigoda, directrice de l’ILC.

    L’importance des régimes coutumiers

    Le rapport examine en détail les systèmes fonciers coutumiers, principalement gérés par les peuples autochtones, les pasteurs et les groupes tribaux.

    Les terres coutumières comprennent des forêts, des prairies, des zones humides et des zones de pêche. Leur gouvernance – autrefois considérée comme archaïque ou dépassée – est aujourd’hui de plus en plus reconnue comme essentielle pour les populations et pour la planète, en raison de leur contribution à la biodiversité et à l’action climatique.

    Environ 4,2 milliards d’hectares de terres coutumières ont été cartographiés dans le monde, soit plus de 32 % des terres émergées de la planète, hors Antarctique.

    Menace de libération de carbone irreversible

    Ces territoires « contiennent environ 45 gigatonnes de carbone irrécupérable – qui ne pourrait être réabsorbé à temps pour éviter des dommages climatiques, principalement dans les biomes forestiers – soit 37 % du total mondial », a indiqué la FAO.

    Autrement dit, si ce carbone était libéré, il ne pourrait pas être réabsorbé suffisamment rapidement pour empêcher une aggravation du réchauffement climatique.

    L’agence onusienne souligne que les terres coutumières sont de plus en plus menacées par les activités humaines, notamment l’expansion urbaine, l’agriculture industrielle à grande échelle, l’extraction pétrolière et gazière et l’exploitation minière.

    « Paradoxalement, certaines solutions climatiques axées sur les énergies renouvelables, les biocarburants, la conservation et les compensations carbone accentuent ces pressions, en particulier sur les terres qui ne bénéficient pas d’une reconnaissance ou d’une protection formelle », ajoute la FAO

    Source: https://news.un.org/fr/story/2026/02/1158474?utm_source=UN+News+-+French&utm_campaign=feadc0996e-EMAIL_CAMPAIGN_2026_02_27_01_03&utm_medium=email&utm_term=0_0264da9d8f-feadc0996e-107613097

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