L'éducation est l'investissement le plus puissant qu'un pays puisse faire, et pourtant elle reste systématiquement sous-financée. Nos projections montrent que la baisse de l'aide internationale à l’éducation pourrait atteindre 30 % entre 2023 et 2027, perpétuant un cycle de sous-investissement, d'inégalités et de développement au ralenti. Des mécanismes de financement innovants, tels que les échanges dette-éducation, existent déjà : il ne manque qu’une volonté politique pour les déployer à plus grande échelle.

Khaled El-EnanyDirecteur général de l'UNESCO
Une nouvelle analyse publiée aujourd'hui par le Rapport mondial de suivi sur l'éducation (GEM) de l'UNESCO à l'occasion du Sommet sur la transformation de l'éducation (TES+4) fait apparaître une baisse continue de l'aide internationale à l'éducation : celle-ci a reculé de 8 % en 2024 par rapport à l'année précédente, tandis que l'aide à l'éducation de base (préscolaire, primaire et premier cycle du secondaire uniquement) a chuté de 15 %.
Au total, la nouvelle projection de l'UNESCO prévoit une baisse pouvant atteindre 30 % de l'aide internationale à l'éducation entre 2023 et 2027. Les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur ont déjà perdu plus d'un cinquième (21 %) de l'aide à l'éducation qu'ils recevaient en 2023. Pour certains d'entre eux, parmi lesquels l'Afghanistan, le Libéria, le Mali ou le Niger, la perte dépasse 40 %.
Le rapport montre également que l'éducation chute dans l'ordre des priorités : sa part dans l'aide au développement est tombée à 7,5 % en 2024, son plus bas niveau depuis deux décennies. En 2025, il aura suffi d'un jour et demi (37 heures) de dépenses militaires mondiales pour égaler ce que le monde consacre en une année entière à l'aide à l'éducation.
L'UNESCO estime que les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur font face à un déficit annuel de financement de l'éducation de 97 milliards de dollars, un fossé qui ne cesse de se creuser.
Au-delà de la baisse de l'aide, l'alourdissement de la dette exerce une pression croissante sur les systèmes éducatifs dans une grande partie du monde en développement.
Selon la nouvelle série de publications « Dette et éducation » de l'UNESCO, publiée à l'occasion du Sommet TES+4, 113 pays, représentant 6,1 milliards de personnes, dépensent davantage pour le service de leur dette que pour leur budget d’éducation. Dans les pays à faible revenu, le remboursement de la dette est près de quatre fois supérieur aux dépenses d'éducation, et dans 18 des pays les plus lourdement endettés, il les dépasse par un facteur de cinq ou plus.
Les systèmes éducatifs sont particulièrement exposés aux coupes budgétaires : ils constituent souvent l'un des postes les plus lourds des dépenses publiques et reposent largement sur des dépenses récurrentes, telles que les salaires des enseignants, qui se prêtent à la planification. Or, couper dans les dépenses d'éducation se révèle contre-productif à long terme, car l’éducation est source de recettes et de croissance.
Pour aider les pays à surmonter ces défis, l'UNESCO publie un guide technique consacré aux conversions de dettes au profit de l’éducation. Ces mécanismes permettent à un gouvernement de convertir une partie de ses obligations au titre de sa dette extérieure en investissements ciblés dans l'éducation. Le nouveau guide de l'UNESCO précise les conditions dans lesquelles un tel dispositif peut être efficace et propose des outils pratiques, tant pour les pays débiteurs que pour les pays créanciers.
Parmi les exemples récents, un accord conclu avec la France en 2023 a permis à la Côte d'Ivoire de dégager des ressources pour construire plus de 30 écoles dans des communautés mal desservies, bénéficiant à environ 30 000 élèves. En 2024, une conversion de dette de 29 millions d'euros avec l'Allemagne a permis à l'Égypte d’améliorer l'alimentation scolaire, la nutrition et l'accès aux services de base. Et entre 2006 et 2017, un programme d'échange dette-éducation entre l'Espagne et le Pérou a converti 20 millions de dollars de dette en 50 projets éducatifs à moyen terme, répartis dans huit régions vulnérables, au bénéfice de quelque 174 000 élèves, enseignants et habitants.
La nouvelle série de solutions et de recommandations de l'UNESCO a été présentée lors du Sommet sur la transformation de l'éducation + 4, qui marque une étape importante dans l’élaboration de l’agenda de l'éducation pour l'après-2030.
Le Sommet a réuni le Président de l'Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, la Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, Amina J. Mohammed, plus de 30 ministres de l'Éducation, ainsi que des représentants de banques de développement, de la société civile, du monde enseignant et du secteur privé, ainsi que des jeunes. Il a par ailleurs bénéficié de la participation d'Audrey Nuna, artiste-interprète et autrice-compositrice nommée aux Grammy Awards (voix chantée de Mira dans le film K-Pop Demon Hunters).
Le Sommet d’aujourd’hui s’inscrit dans la continuité du lancement historique de 2022 et poursuit un double objectif. Le premier est d’accélérer : il ne reste que cinq ans pour atteindre l’Objectif de développement durable 4 – garantir à toutes et à tous une éducation inclusive, équitable et de qualité – et c’est le rythme des cinq prochaines années qui déterminera dans quelle mesure cette promesse pourra être tenue. Le second est de fixer un cap : les discussions d’aujourd’hui contribueront à définir l’agenda mondial de l’éducation pour l’après‑2030. Car 2030 est une étape, non une ligne d’arrivée, et l’éducation demeurera le socle de l’ensemble des Objectifs de développement durable.
Amina J. MohammedVice-Secrétaire générale des Nations Unies
Les dirigeants réunis lors du Sommet se sont également penchés sur la manière dont l'intelligence artificielle et les autres technologies émergentes transforment l'éducation, dans la lignée du travail de l'UNESCO en faveur d’une IA qui améliore les résultats de l'apprentissage, en particulier dans les pays en développement, sans porter atteinte à l'autonomie humaine. Mettant l'accent sur le renforcement de la résilience des systèmes éducatifs, le Sommet a également abordé l'impact du changement climatique et des crises en cours.
Source UNESCO: https://www.unesco.org/fr/articles/sommet-sur-la-transformation-de-leducation-lheure-ou-113-pays-depensent-plus-pour-le-service-de-la