Lorsque Thandiwe Donker, 16 ans, entre dans son cours d’orientation de vie en Afrique du Sud, elle sait qu’elle rejoint un espace où ses questions comptent. « J’aime l’orientation de vie parce que cela renforce ma confiance en moi », explique-t-elle. « Parfois, j’ai l’impression de ne pas pouvoir parler de mon corps ou de ma santé à la maison. Mais à l’école, nous avons des enseignants ouverts d’esprit qui nous aident à aborder ces sujets ».
Son histoire est l’une des millions de trajectoires façonnées par le programme de l’UNESCO “Nos droits, nos vies, notre avenir” (O3), qui, depuis 2018, travaille avec les gouvernements d’Afrique subsaharienne afin de garantir aux jeunes l’accès à une éducation pour la santé et le bien-être de qualité, grâce au soutien financier de la France, de l’Irlande, de la Norvège et de la Suède.
Aujourd’hui, le Programme O3 touche des apprenants dans 35 pays à travers une approche globale qui renforce l’éducation à la santé, outille les enseignants, mobilise les communautés, promeut des écoles sûres et met les apprenants en lien avec des services essentiels. Rien qu’en 2025, le programme a atteint 27,1 millions d’apprenants, formé plus de 123 000 enseignants, mobilisé 3 300 responsables politiques et renforcé 15 systèmes d’orientation reliant les apprenants aux services de santé sexuelle et reproductive.
Mais derrière chaque chiffre se cache une histoire de transformation.
Pour de nombreux enseignants, dispenser des leçons sur la santé, les relations et le bien-être peut être intimidant. « Au début, nous nous demandions : “Comment allons-nous enseigner l’éducation à la santé ?” », se souvient Fikile Songo, enseignante d’orientation de vie en Afrique du Sud. « Mais après la formation dispensée par l’UNESCO et le gouvernement, nous avons compris l’objectif de ces leçons. Aujourd’hui, je me sens en confiance, et cette confiance a transformé ma classe. Des apprenants qui étaient autrefois trop timides pour parler s’ouvrent désormais sur les problèmes qui affectent leur vie ».

UNESCO/O3
La formation des enseignants est au cœur du Programme O3. À travers la région, les éducateurs acquièrent non seulement des connaissances techniques, mais aussi des compétences pratiques pour créer des environnements d’apprentissage bienveillants, où les jeunes se sentent en sécurité pour poser des questions et demander conseil. Comme le souligne Gladys Ayaw Oduro, directrice d’école au Ghana : « Travailler sur la santé des adolescents à l’école, c’est littéralement sauver des vies. »
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Le programme O3 s’engage à faire en sorte que chaque apprenant, y compris ceux en situation de handicap, puisse accéder à une éducation aux compétences de vie de qualité. Au Malawi, l’enseignante Wezzie Phiri a acquis des compétences spécialisées grâce à la formation Breaking the Silence de l’UNESCO, afin d’enseigner au moyen d’approches inclusives et interactives. « Mes élèves sont devenus plus affirmés et confiants dans leur manière de s’exprimer », explique-t-elle. « J’ai compris que lorsque je suis en confiance, mes élèves le sont aussi. »

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Au Mali, Safiatou, 15 ans, vit à Mopti, une région où l’insécurité a déplacé des milliers de personnes, où les grossesses précoces sont fréquentes, et où les filles sont souvent les plus invisibles et les moins entendues. Tout a changé lorsque son enseignant, récemment formé grâce à O3, a dispensé un cours d’éducation à la santé. Pour la première fois, Safiatou a eu accès à des informations fiables, fondées sur des données probantes. Autour d’elle, elle a vu les conséquences du manque d’information : une camarade déplacée qui avait quitté l’école après une grossesse précoce, sans véritable soutien. Elle a décidé de ne pas laisser cette histoire se répéter. Elle a co-créé un comité de santé scolaire où les filles, y compris celles déplacées par le conflit, peuvent s’exprimer librement, poser des questions et être orientées vers des services de prévention. À 15 ans, dans une région marquée par l’instabilité, elle est devenue un pilier pour toute sa communauté scolaire, preuve que l’ambition d’O3 n’est pas seulement d’informer les jeunes, mais de leur donner les moyens d’agir.
Les apprenants ne peuvent s’épanouir que lorsqu’ils se sentent protégés. À travers l’initiative Connect with Respect du Programme O3, les enseignants apprennent à prévenir et à répondre à la violence basée sur le genre en milieu scolaire, et à bâtir des cultures de respect et d’inclusion.
En Zambie, l’enseignante Chrostinah Pemba a créé un club scolaire dédié à la promotion de comportements respectueux après qu’un apprenant d’une école voisine a perdu la vie dans une bagarre. « Ce qui m’a vraiment poussée à agir, c’est l’historique de violence de l’école », explique-t-elle. « J’étais déterminée à faire partie de la solution. » Dans le comté de Mombasa, au Kenya, l’enseignante Virginia Matiro a introduit les ‘Talking Walls’, des fresques murales et affiches placées dans toute l’école afin de sensibiliser à la violence basée sur le genre. « Lorsque les apprenants parcourent les couloirs, ces murs leur rappellent constamment ce qui est acceptable, ce qui ne l’est pas, et où chercher de l’aide ».

© UNESCO/O3
À des centaines de kilomètres de là, dans le comté de Mombasa, au Kenya, l’enseignante Virginia Matiro aide les élèves à faire entendre leur voix grâce à une initiative innovante appelée « Murs parlants ».
« Au cours de mes cinq années d’enseignement, j’ai été témoin de nombreux cas de harcèlement », explique-t-elle. « Il n’est pas facile de prendre la parole. Les élèves ont peur. Ils craignent d’être punis ou stigmatisés ».
Après avoir participé à une formation soutenue par l’UNESCO, Virginia et ses collègues ont installé des fresques murales et des affiches dans des endroits bien visibles de l’école afin de sensibiliser aux violences basées sur le genre et à d’autres formes d’abus.
« Lorsque les élèves parcourent les couloirs de l’école, ces murs leur rappellent constamment ce qui est acceptable, ce qui ne l’est pas et où demander de l’aide », explique-t-elle. « Cela a réellement permis de sensibiliser aux VBG et aux autres formes de violence au sein de notre école ».

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Le Programme O3 reconnaît que les jeunes n’existent pas en vase clos. Les familles, les communautés, les leaders religieux, les chefs traditionnels et les responsables politiques jouent tous un rôle pour aider les adolescents à s’épanouir. Le Programme O3 agit donc dans l’ensemble de ces sphères, en mobilisant les gouvernements, en renforçant les systèmes d’orientation et en créant des passerelles permettant aux apprenants d’accéder aux services de santé et de protection lorsqu’ils en ont besoin.
C’est cette approche intégrée qui donne au programme toute sa portée. « L’influence des leaders va au-delà de la sphère spirituelle », affirme Marlène Juanita Quenum, cheffe traditionnelle au Bénin. « Nous pouvons catalyser un changement durable des comportements en faveur de la santé, à condition de construire un langage commun et d’agir ensemble ». Au Nigéria, le pasteur Rév. Dr Isaac G. Gbadero fait écho à ce sens de la responsabilité partagée : « Même lorsque les risques sont évidents, certains sujets restent difficiles à aborder. Pourtant, protéger les jeunes commence par avoir le courage d’ouvrir la conversation ». Pour Yaw Kwabi Frempong, parent au Ghana, le changement est profondément personnel : « Ma plus grande préoccupation a toujours été la sécurité de ma fille. Aujourd’hui, je vois qu’elle comprend mieux ses limites, ses droits et la manière de se protéger. »
Dans les salles de classe, les couloirs des écoles et les communautés à travers l’Afrique subsaharienne, l’impact du Programme O3 est visible. Lorsqu’un jeune est informé, soutenu et libre de façonner son propre avenir, l’impact dépasse largement l’individu : il influence les familles, renforce les écoles et transforme les communautés. C’est ce que le Programme O3 de l’UNESCO construit depuis sept ans. Et c’est pourquoi ce chemin doit se poursuivre.
Source: UNESCO - https://www.unesco.org/fr/articles/plus-que-des-lecons?hub=701